Après la semaine dernière et la métaphore autour de la traversée de la rivière, cette semaine, nous prolongeons notre cohabitation avec l’eau. Que ce soit pour traverser une rivière où nous n’avons pas pied ou simplement si nous nous retrouvons par erreur au milieu d’un torrent, il est souvent bien plus simple de profiter du courant et de nager en diagonale, que de s’épuiser à essayer de remonter le fil de l’eau, au risque de s’épuiser en quelques minutes.
Suivant la puissance du torrent, il peut arriver que le courant nous amène bien plus loin que notre point de départ, bien trop loin parfois. Il peut même arriver que cet écart puisse être difficile à avaler, nous donnant l’impression de devoir tout reprendre à zéro. Alors effectivement vu sous cet angle, se saisir de la force du courant c’est accepter de ne pas arriver exactement où nous le voulions, et ce n’est pas une idée toujours facile à accepter.
C’est aussi accepter de lâcher-prise, de ne pas maîtriser l’ensemble des paramètres. Et c’est surtout tenir compte de ces paramètres, de la force du courant, de la profondeur de l’eau, de la limite de nos efforts, aussi importants soient-ils. Car il est possible pour chacun(e) de tenter l’expérience ou de se souvenir d’une expérience déjà vécue, et de constater que lorsque le courant est trop fort, le seul résultat est bien souvent l’épuisement rapide et finalement un lâcher-prise par défaut, presque un abandon complet. Comme après un dur effort, il faut pouvoir se reposer. Et lorsque ce combat débouche sur une situation qui stagne, qui reste même telle qu’elle était, la suite devient alors énergivore au niveau psychique, puisque nous n’avons plus les ressources pour agir. Le sentiment de subir la situation, de ne plus avoir de prise dessus, ni la possibilité de raccrocher les wagons à la locomotive peut se faire sentir au point de vouloir tout arrêter, d’être mis à mal, à différents niveaux.
Et comme souvent plus l’effort est grand et plus l’espoir, l’attente du résultat peut l’être aussi. Parfois s’ajoute aussi un schéma établi qui nous dit « qu’on obtient rien sans rien » et qu’il faut donc payer cher les beaux et/ou grands changements. Mais est-ce vraiment obligatoire, nécessaire ?
La culture de l’effort, du travail et du sacrifice permet de mesurer ce qui reste à accomplir, ce que coute certaines actions, ce que cela demande de changement, d’adaptation, de mobilisation. Mais parfois lorsqu’un pas suffit est-il vraiment nécessaire d’en faire quatre? Chacun(e) son avis encore une fois, et toute réponse est bonne si elle est bénéfique pour vous et/ou votre entourage.
Mais pour en revenir à l’idée du courant, le problème se pose lorsqu’on s’épuise à se battre contre les moulins à vent de Don Quichotte, contre la force d’un torrent, sans tenir compte du contexte. Si l’objectif est de lutter le plus longtemps possible, alors oui cette solution peut être la bonne, mais en envisageant de garder quelques forces pour rejoindre la rive ? Et si l’objectif est de traverser, de rejoindre la rive, est-il obligatoire de le faire en luttant? Ou est-il entendable, possible, envisageable, de le faire en nageant dans le sens du courant en direction des rives ?
Effectivement, devant un écran la solution est facile, mais la tête dans le guidon, dans le feu de l’action, il est parfois plus complexe de faire le bon choix, le choix rationnel. C’est alors tout l’intérêt de solliciter ceux qui se trouvent sur la rive, ceux qui parfois sont déjà passés par cette lutte contre le courant. Leur demander comment ils ont fait, comment ils s’en sont sortis et tirer parti de la force commune, des savoirs de chacun(e) pour les intégrer suivant nos propres besoins et combats.
Et dans le meilleur des cas, se regarder, et regarder autour de soi, pour sentir le courant, sentir les premiers remous, les première vagues, le début des rapides, ou bien le bateau qui prend un peu l’eau, et y regarder de plus près, pour anticiper l’effort à venir, l’effort immédiat ou se préparer simplement à agir. Il n’est pas de torrent qui n’ait été un petit ruisseau auparavant, c’est parfois juste que nous n’y avons pas fait attention, ou que nous n’en avons pas tenu compte. Et une fois à l’eau si aucune solution n’a pu être mise en place efficacement, peut-être pouvons-nous nous rattacher à notre pulsion de vie, nos besoins initiaux, et visualiser ces rives qui peu importe les kilomètres faits avec le courant sont toujours là, et notre énergie aussi. Ne vaut-il mieux pas être sur la rive à 10 kilomètres de notre point initial et vivant plutôt qu’épuisé dans l’eau, subissant chaque vague sans pouvoir agir ?
Et vous, plutôt que de le subir, de quel courant allez-vous vous servir pour avancer cette semaine ?
